Argent & investissement

Quel courtier en bourse quand on vit en Thaïlande ?

Un courtier adapté à un résident français ne l’est pas toujours pour un expatrié. Voici ce qui change vraiment, les courtiers que j’utilise, et les critères à regarder avant d’ouvrir un compte.

Choisir un courtier en bourse quand on vit en Thaïlande ne se résume pas à comparer deux lignes de frais. La vraie question est plus large : est-ce que le courtier accepte votre résidence, gère correctement les devises, donne accès aux ETF dont vous avez besoin, fournit les documents fiscaux utiles et reste fiable si votre situation change ?

Important : information générale, pas conseil personnalisé

Ce contenu est un retour d’expérience et une information générale destinés aux expatriés et futurs expatriés. Il ne constitue pas un conseil en investissement, fiscal, juridique, bancaire ou patrimonial. Les produits financiers présentent un risque de perte en capital. Les règles dépendent de votre résidence fiscale, de votre nationalité, de votre courtier, des pays concernés et de votre situation personnelle. Avant toute décision, vérifiez les sources officielles et, si nécessaire, consultez un professionnel habilité.

Ce qui change quand on n’est plus résident français

Dès qu’on quitte la France pour de bon, une partie du système bancaire et boursier français ne suit pas toujours. Certaines banques en ligne ou courtiers français demandent une résidence fiscale française, limitent les ouvertures de compte aux résidents, ou peuvent restreindre certaines opérations lorsqu’un client devient non-résident.

Cela ne veut pas dire qu’il faut tout fermer ou agir dans la précipitation. Mais cela oblige à vérifier les conditions du courtier, la résidence acceptée, les documents demandés, la fiscalité applicable et les conséquences d’un changement de pays.

Le PEA peut parfois être conservé après un départ hors de France, mais sa logique reste pensée pour un cadre fiscal français. Le sujet doit être vérifié selon votre situation et vos établissements.

Résultat : beaucoup d’expatriés se tournent vers des courtiers internationaux, conçus pour une clientèle mobile et capables de gérer plusieurs devises, plusieurs marchés et plusieurs pays de résidence.

Mon organisation personnelle entre plusieurs courtiers

À titre personnel, je n’ai pas choisi de tout concentrer chez un seul courtier. Quand on vit à l’étranger, je trouve important de répartir les risques : risque de blocage administratif, changement de politique du courtier, problème de virement, changement de pays de résidence, accès aux ETF, fiscalité, succession.

IBKR est mon pilier principal, mais j’utilise aussi Charles Schwab International, Swissquote et Saxo, chacun avec un rôle différent. Ce n’est pas une recommandation universelle : c’est mon organisation personnelle, adaptée à ma situation d’expatrié français vivant en Thaïlande.

Interactive Brokers US : mon courtier principal

Mon courtier principal est Interactive Brokers, via l’entité américaine IBKR LLC. C’est un point important : ce n’est pas la même chose qu’un compte Interactive Brokers Ireland.

Quand on part de France pour vivre hors de l’Union européenne, il ne faut pas supposer que son ancien compte européen peut simplement continuer comme avant. Dans mon cas, avec ma nouvelle adresse hors UE et mon nouveau numéro fiscal de pays de résidence, il a fallu ouvrir ou utiliser un compte adapté à ma nouvelle situation de non-résident européen. C’est un point à vérifier directement avec IBKR, car les règles dépendent du pays de résidence, de l’entité IBKR concernée et de l’éligibilité du client.

L’intérêt d’un compte IBKR US, pour moi, est double.

D’abord, le cadre de protection est différent. IBKR LLC relève du système américain, avec une protection SIPC jusqu’à 500 000 dollars, dont 250 000 dollars maximum pour le cash, sous conditions et sans couvrir les pertes de marché. À comparer avec le régime d’IBKR Ireland, où l’Investor Compensation Scheme irlandais est limité à 90 % de la perte avec un plafond de 20 000 euros, même si certains actifs peuvent être conservés chez l’affilié américain et bénéficier d’autres protections selon les cas. Il faut donc éviter les raccourcis : la protection dépend toujours de l’entité, du type d’actif et de la manière dont les titres sont conservés.

Ensuite, en vivant hors UE, on peut retrouver accès à certains ETF US auxquels un résident de l’Union européenne n’a généralement pas accès en achat direct à cause des règles PRIIPs. Pour moi, c’est un avantage important : les ETF US sont souvent très liquides, très larges, avec des frais faibles et une grande profondeur de marché.

Mais il y a une contrepartie majeure : l’estate tax américaine. Détenir des ETF domiciliés aux États-Unis peut créer un risque successoral pour un non-Américain au-delà du seuil de 60 000 dollars d’actifs US-situated. J’ai personnellement accepté ce risque pour une partie de mon portefeuille parce que je suis encore jeune, mais je sais que je devrai sécuriser progressivement ma situation successorale en vieillissant. À terme, je privilégierai davantage les ETF UCITS quand ils remplacent correctement un ETF US, et je ne garderai en ETF US que les expositions que je ne trouve pas de manière satisfaisante en UCITS. À titre personnel, je détiens notamment chez IBKR des ETF comme VOO, VT, QQQM et SGOV. Ce sont mes choix personnels, pas une recommandation d’achat.

Ce point est détaillé dans la page ETF UCITS ou ETF US et dans la page consacrée aux droits de succession américains.

Découvrir Interactive Brokers

Charles Schwab International : ma deuxième sécurité aux États-Unis

J’ai aussi un Schwab One International® Account. Pour moi, c’est une deuxième sécurité aux États-Unis, distincte d’IBKR.

Schwab est surtout intéressant si l’on veut investir sur les marchés américains. Le compte permet d’acheter des actions et ETF US, souvent sans commission de courtage sur les titres cotés américains selon les conditions en vigueur. En revanche, ce n’est pas l’outil que je choisirais pour acheter des ETF européens ou UCITS, car les frais sur les produits non américains peuvent être beaucoup moins intéressants. Il faut donc bien vérifier le barème avant de l’utiliser.

Le gros avantage de Schwab, dans mon cas, c’est la carte de débit liée au compte. Elle permet des retraits à l’étranger, et Schwab rembourse les frais de retrait ATM dans le monde, sous conditions. En Thaïlande, les distributeurs facturent souvent environ 250 à 350 bahts par retrait aux cartes étrangères, soit environ 7 à 9 €. Si l’on fait un ou deux retraits par mois, cela peut représenter une vraie économie : 350 bahts x 2 retraits x 12 mois = 8 400 bahts par an, soit environ 225 €. Conversions indicatives sur la base de 1 € ≈ 37 THB. Le taux de change varie dans le temps.

Un conseil pratique : au distributeur, refusez toujours la “conversion dynamique” ou DCC, c’est-à-dire la proposition de payer en dollars ou en euros plutôt qu’en bahts. Ces frais-là ne correspondent pas simplement aux frais fixes du distributeur et peuvent coûter cher via un mauvais taux de change. Quand le distributeur le propose, je choisis toujours la devise locale : le baht.

Pour ma part, j’utilise Schwab pour ma poche income en ETF covered call, avec des lignes comme GPIX, GPIQ, SPYI, QQQI et BTCI. Là encore, ce sont des exemples personnels.

Attention : Schwab International n’est pas accessible à tout le monde. En tant que résident fiscal français, l’ouverture peut être impossible ou très limitée. Elle devient plus pertinente lorsque l’on est officiellement expatrié fiscalement, mais il faut toujours vérifier sur le site de Schwab si le pays de résidence est accepté et si le compte est ouvert aux nouveaux clients de ce pays.

Ce point rejoint aussi la comparaison entre ETF UCITS et ETF US, ainsi que le sujet des droits de succession américains.

Swissquote : une relation ouverte pour le long terme

J’ai également ouvert un compte Swissquote, avec une partie plus modeste de mes avoirs. Mon objectif n’est pas seulement l’investissement immédiat : j’ai surtout ouvert cette relation pour le futur.

Swissquote m’intéresse parce que l’établissement donne accès à d’autres outils patrimoniaux qui pourraient avoir du sens plus tard, comme le crédit lombard ou certaines solutions d’assurance-vie luxembourgeoise via Swissquote Bank Europe, selon les montants, la résidence fiscale et l’éligibilité. Ce ne sont pas des outils à utiliser à la légère, mais cela peut devenir intéressant quand le patrimoine grossit.

Swissquote apporte aussi une diversification de juridiction. Selon l’entité concernée, on peut être dans un cadre suisse ou luxembourgeois. L’idée est simple : ne pas tout avoir dans le même panier, ni dans le même pays, ni chez le même courtier.

À titre personnel, j’y détiens notamment des ETF européens type Euro Stoxx 50 et Stoxx Europe 600. Ce sont des exemples personnels.

Point de prudence

Les crédits lombards et les assurances-vie patrimoniales peuvent être complexes, coûteux, et comporter des risques importants, notamment en cas de baisse des marchés. Ce sont des sujets à étudier avec prudence et, si nécessaire, avec un professionnel compétent.

Saxo : diversifier les accès et éviter le courtier unique

J’ai le même raisonnement avec Saxo : ce n’est pas forcément mon courtier principal, mais c’est une autre porte d’accès aux marchés.

L’intérêt est d’avoir une plateforme supplémentaire, dans une autre structure et une autre juridiction, pour ne pas dépendre d’un seul compte. Si un courtier bloque temporairement un virement, demande des justificatifs, change ses règles d’éligibilité ou rencontre un problème technique, je préfère ne pas être totalement démuni.

Saxo est une banque d’origine danoise, supervisée par la Danish Financial Supervisory Authority, avec des entités dans plusieurs pays. Selon le pays de résidence, l’ouverture et les protections applicables peuvent varier. Il faut donc vérifier l’entité exacte, la tarification, les frais de garde, les frais de change et les produits disponibles.

À titre personnel, j’y détiens notamment VWRA. C’est simplement mon usage.

Pourquoi je diversifie mes courtiers

Quand on vit à l’étranger, un courtier n’est pas seulement un outil pour acheter des ETF. C’est aussi une infrastructure financière : réception de dividendes, conversion de devises, accès aux marchés, retraits, justificatifs fiscaux, succession et capacité à réagir en cas d’urgence.

Mon raisonnement est simple : IBKR est mon pilier principal, Schwab me donne un deuxième accès américain et une carte de retrait utile, Swissquote peut servir à des besoins patrimoniaux futurs, et Saxo apporte une autre porte d’accès aux marchés.

Cette diversification limite aussi certains risques administratifs : compte bloqué, pays non accepté, documents demandés, changement de politique interne, problème de virement ou difficulté à joindre le support.

Point de sécurité

La protection des titres dépend de l’entité juridique, du pays, du type de compte et du régime applicable. Par exemple, la SIPC protège certains comptes de courtage américains dans des limites précises, mais elle ne protège pas contre les pertes de marché.

Les limites de cette organisation

Cette diversification a aussi des inconvénients :

Ce n’est donc pas forcément adapté à tout le monde. Pour un petit portefeuille, un seul courtier solide peut suffire. Plus le patrimoine grandit, plus la question de la répartition entre plusieurs acteurs devient importante.

Les critères à regarder avant de choisir

Le lien avec la fiscalité thaïlandaise

Investir depuis la Thaïlande oblige aussi à réfléchir à l’impôt local. Depuis les changements applicables aux revenus étrangers rapatriés, un résident fiscal thaïlandais doit être particulièrement attentif aux dividendes, plus-values et revenus étrangers transférés en Thaïlande.

Ce point est détaillé sur la page Impôts en Thaïlande. La règle pratique est simple : avant de transférer de gros montants ou de vivre sur ses revenus financiers, il faut comprendre le traitement fiscal côté Thaïlande et côté pays source.

Courtier utilisé pour investir à l’étranger

Pour un expatrié qui veut investir en ETF internationaux, IBKR fait partie des courtiers souvent regardés pour l’accès aux marchés mondiaux. Cela ne supprime pas les risques : fiscalité, change, succession, frais, résidence et risque de perte en capital doivent être compris avant d’investir.

Voir IBKR

Pour aller plus loin

Découvrir Interactive Brokers