Les études historiques décrivent des portefeuilles et périodes précis. Les taux de 3 %, 3,5 % et 4 % ci-dessous sont des hypothèses de départ à tester, jamais une promesse de résultat.
1. D’où vient la règle des 4 % ?
William Bengen a publié en 1994 une étude fondée sur des séquences historiques américaines. Il cherchait un retrait initial compatible avec au moins trente ans de retraits, puis revalorisé avec l’inflation. Son cas central utilisait des actions américaines et des obligations du Trésor américain à maturité intermédiaire, avec une allocation rééquilibrée.
Dans les données historiques étudiées depuis 1926, un retrait initial de 4 % n’avait pas épuisé le portefeuille avant 33 ans. Cette observation n’est pas une loi financière : elle dépend des actifs américains, de l’histoire connue, de l’horizon et de l’absence d’une fiscalité personnelle française ou thaïlandaise dans le modèle.
2. L’étude Trinity et les recherches plus récentes
Cooley, Hubbard et Walz ont publié en 1998 l’étude couramment appelée « Trinity Study ». Ils ont testé des taux de retrait, plusieurs allocations d’actions américaines de grande capitalisation et d’obligations de qualité, ainsi que des périodes de 15, 20, 25 et 30 ans. Une période était considérée comme réussie lorsque le portefeuille permettait tous les retraits prévus sans être épuisé avant son terme.
Leur prolongement de 1999 utilise des rendements et des retraits mensuels sur les données allant jusqu’à décembre 1997. Il confirme que le taux de retrait, l’inflation, l’allocation et la durée du plan modifient fortement les résultats. Ces travaux reposent sur des données historiques américaines, ne modélisent pas la fiscalité personnelle et étudient un horizon maximal de 30 ans. Une réussite ne signifie ni confort budgétaire ni capital terminal élevé. Ils ne se transposent donc pas automatiquement à une retraite FIRE en Thaïlande.
Les méthodes divergent. Bengen et Trinity testent des séquences historiques américaines ; Morningstar 2025 utilise des hypothèses prospectives, plusieurs allocations, un horizon de 30 ans et un seuil de réussite de 90 %. Son cas de base aboutit à 3,9 %, tandis que des dépenses flexibles peuvent autoriser un départ plus élevé en échange de variations de revenu. Vanguard présente 3,5 % à 4 % comme une zone de départ approximative pour trente ans et invite les retraités précoces à tester plus bas. Aucun chiffre n’est universel.
3. Ce que « retirer 4 % » signifie vraiment
La convention historique consiste à retirer 4 % du capital initial la première année, puis à augmenter le montant monétaire avec l’inflation. Elle n’implique pas de recalculer chaque année 4 % de la valeur courante. Le portefeuille étudié contient des actions et des obligations ; il n’offre pas un rendement linéaire.
Retrait des années suivantes = retrait précédent ajusté de l’inflation
Les frais, les impôts, les écarts de change et les dépenses non prévues réduisent ce que le portefeuille peut réellement financer. La fréquence des retraits et du rééquilibrage compte également. Une réussite statistique définie par un solde positif à l’échéance peut laisser très peu de marge avant cette date.
4. Trois confusions fréquentes
4 % du portefeuille chaque année
Ce mécanisme produit un revenu variable : après une baisse, 4 % d’un capital plus petit donne moins de bahts. Il limite mécaniquement l’épuisement mais ne garantit pas un plancher de dépenses.
Un rendement de 4 %
Le taux de retrait n’est pas le rendement attendu. Un portefeuille peut gagner plus en moyenne tout en échouant si les pertes surviennent au début : c’est le risque de séquence des rendements.
Un dividende de 4 %
Une distribution n’est qu’une composante du rendement total. Le cours peut baisser davantage que le dividende reçu, et une distribution élevée n’empêche ni une réduction future ni une perte en capital.
5. Retraite à 40 ans et retraite à 65 ans ne portent pas le même horizon
La règle popularisée vise surtout trente ans. Arrêter vers quarante ans peut exiger quarante, cinquante ou soixante ans de financement. Plus l’horizon est long, plus le plan rencontre de cycles de marché, d’inflation, de santé, de change et de fiscalité. Les pensions futures peuvent réduire le besoin du portefeuille, mais seulement lorsqu’elles commencent réellement.
La période sans pension doit donc être modélisée séparément avec un pont financier jusqu’à la retraite légale. Un taux unique appliqué à toute la vie masque ce changement de régime.
6. Capital théorique pour cinq budgets mensuels
| Budget mensuel | Budget annuel | À 3 % | À 3,5 % | À 4 % |
|---|---|---|---|---|
| 60 000 THB | 720 000 THB | 24,0 M THB | 20,6 M THB | 18,0 M THB |
| 80 000 THB | 960 000 THB | 32,0 M THB | 27,4 M THB | 24,0 M THB |
| 100 000 THB | 1 200 000 THB | 40,0 M THB | 34,3 M THB | 30,0 M THB |
| 120 000 THB | 1 440 000 THB | 48,0 M THB | 41,1 M THB | 36,0 M THB |
| 150 000 THB | 1 800 000 THB | 60,0 M THB | 51,4 M THB | 45,0 M THB |
Calculs vérifiés par script et arrondis à 0,1 million de THB. Ils supposent un budget net constant avant indexation et n’intègrent ni frais, ni impôts, ni pension, ni revenu complémentaire. Ils illustrent le lien entre budget et capital ; ils ne disent pas quel taux conviendra.
7. Déduire pensions et autres revenus durables
Capital indicatif = besoin annuel du portefeuille ÷ taux de retrait
Cette seconde formule n’est valable qu’après le démarrage effectif des pensions. Avant cette date, il faut financer le décalage. Une pension peut commencer plus tard ou être inférieure aux estimations ; les montants doivent provenir des relevés officiels, sans double compter un revenu ou oublier sa fiscalité.
8. Change, fiscalité, santé, logement et dépenses irrégulières
Un budget en THB financé par des actifs en EUR ou USD change avec les devises. Une hausse des prix thaïlandais différente de l’inflation retenue dans l’étude peut également réduire le pouvoir d’achat. La fiscalité dépend de la résidence, de la nature du revenu et du moment où il est réalisé ou transféré ; elle ne se résume pas au lieu du courtier.
La santé et l’assurance peuvent augmenter avec l’âge. Un logement payé reste soumis à entretien, réparations, taxes, charges et renouvellement des équipements. Les voyages, retours en France et dépenses familiales créent des sorties irrégulières que le budget mensuel moyen peut cacher. Enfin, le patrimoine ne donne aucun droit automatique à un visa.
9. Retraits dynamiques, plancher, plafond et garde-fous
Une stratégie dynamique ajuste les dépenses lorsque le portefeuille évolue. Un plan peut protéger un plancher pour les besoins essentiels, plafonner les hausses après une bonne année et réduire les dépenses discrétionnaires après une baisse. Cette souplesse peut limiter les ventes dans un mauvais marché, mais elle transfère une partie du risque vers le niveau de vie.
Une poche de sécurité, des revenus complémentaires, le report d’un voyage ou une reprise temporaire d’activité sont d’autres leviers. Aucun ne supprime le risque. Les règles doivent être écrites avant le départ : seuil de baisse, dépenses ajustables, durée de réserve et moment de réexaminer l’allocation.
10. Revenu distribué, fonds capitalisant et ETF à options
Un fonds capitalisant réinvestit les revenus ; un fonds distribuant les verse. Dans les deux cas, il faut regarder rendement total, frais, fiscalité et variation du capital. Vendre des parts n’est pas automatiquement plus dangereux que vivre de dividendes : le danger vient du niveau de retrait, de l’ordre des rendements et de la composition du portefeuille.
Les ETF covered call peuvent afficher une distribution visible mais plafonnent une partie de la hausse et restent exposés aux baisses du sous-jacent. Ils ne constituent pas une protection certaine contre un krach. Le guide du portefeuille FIRE avec une poche de revenu traite cette architecture sans la présenter comme universelle.
11. Pourquoi je ne veux pas dépendre d’une règle unique
Je ne souhaite pas dépendre aveuglément d’une règle fixe de 4 %. Mon raisonnement combine rendement total, revenus visibles, réserve de sécurité, pensions futures et capacité à ajuster certaines dépenses.
Au début, je regardais surtout le rendement distribué. Maintenant, je regarde d’abord le rendement total.
En phase d’accumulation, un portefeuille très exposé aux actions peut correspondre à mon horizon. Je ne compte pas conserver exactement le même niveau de risque lorsque ma famille dépendra réellement des retraits. La mission du portefeuille changera : financer des dépenses, pas seulement maximiser une valeur future.
12. Tester 3 %, 3,5 % et 4 % sans choisir aveuglément
- Partir des dépenses réelles, y compris santé, logement et irrégulier.
- Séparer la période avant pension de la période suivante.
- Tester plusieurs horizons, inflations, changes et séquences de rendement.
- Déduire seulement des revenus réellement durables et nets.
- Écrire une règle de baisse des dépenses et un plan de reprise d’activité.
- Utiliser le calculateur FIRE pour expatrié, puis lire la page pilier sur le capital nécessaire pour vivre en Thaïlande.
13. Sources vérifiées
Sources consultées le 25 juillet 2026.
- → Financial Planning Association — article original de William P. Bengen, 1994Auteur, date, publication et cadre historique.
- → Journal of Financial Planning — réédition intégrale de l’étude BengenRetrait initial, inflation, horizon de 30 ans, actifs, rééquilibrage et limites historiques.
- → AAII Journal — Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable, 1998Étude originale de Philip L. Cooley, Carl M. Hubbard et Daniel T. Walz : taux de retrait, allocations, périodes de 15 à 30 ans et définition de la réussite.
- → AFCPE — Sustainable Withdrawal Rates From Your Retirement Portfolio, 1999Prolongement institutionnel : rendements et retraits mensuels, données jusqu’à décembre 1997, inflation, allocation et durée du plan.
- → Morningstar — The State of Retirement Income 2025Hypothèses prospectives, 30 ans, réussite à 90 %, allocation, 3,9 %, dépenses flexibles et risque de séquence.
- → Vanguard — Principles for Retirement Income, 2026Besoin net du portefeuille, horizon, retraite précoce, séquence, inflation et retraits dynamiques.
- → AMF — comprendre les ETFRisque de perte, frais, devise, capitalisation et distribution.